Science sans conscience
LA PUCE DE LA SEMAINE DE CHARLIE HEBDO
La science sans conscience invente le gavage des macaques
Mis en ligne le mardi 19 juin 2012
Dès le départ, il a fallu qu’ils
en bavent. Entre vingt et trente heures de voyage, sans être nourris ni abreuvés, un sacré trajet — tout ça pour venir souffrir puis mourir en France.
Des tests d’une grande inutilité (pléonasme) et d’une grande cruauté (pléonasme) vont être pratiqués au laboratoire Ricerca Biosciences, à Saint-Germain-sur-l’Arbres (près de Lyon), sur
trente-deux macaques qu’on est allé chercher au Vietnam. Le médicament dont il s’agit, qui traite le «déficit enzymatique du cycle de l’urée» (www.doctissimo.fr), c’est l’Ammonaps.
Seulement voilà — cherchez l’erreur —, il a déjà été testé, puisqu’il «bénéficie, depuis 1999, d’une AMM, autorisation de mise sur le marché, délivrée par la Commission européenne. L’étude
porte sur la toxicité de doses concentrées et répétées qui aboutira, après deux semaines de tests, à la mise à mort des trente-deux singes», s’indigne André Ménache, directeur d’Antidote
Europe. «Les animaux sont génétiquement très différents de nous, et, en ce XXIe siècle, nos connaissances les plus récentes permettent des méthodes scientifiquement fiables pour la santé
humaine, qui n’utilisent pas le modèle animal», explique le docteur vétérinaire. Le 26 mai 2012, l’association, pour laquelle «aucune espèce n’est un modèle biologique fiable pour une
autre», avait lancé un appel urgent à la ministre de la Recherche afin que cette étude soit arrêtée.
L’expérience consiste à introduire un tuyau dans le nez puis à le faire descendre dans l’estomac. Les doses peuvent être moyennes, fortes ou très fortes, les macaques ne reçoivent pas tous
la même — c’est que c’est sérieux, la recherche! Impossible donc d’échapper à la prise du médicament, qu’on passe dans le tuyau, deux à trois fois par jour, pendant quinze jours, et, chaque fois,
on met puis on retire le tuyau. L’animal est conscient, aucune anesthésie n’est pratiquée. Une fois euthanasiés, les macaques sont nécropsiés — équivalent d’autopsiés pour les humains: les dégâts
causés sur leurs organes sont analysés. Des méthodes substitutives non animales existent, fiables, qui ont fait leurs preuves, pourquoi ne pas y avoir recours, pourquoi ne pas en privilégier le
développement? Cela n’enlèverait rien aux chercheurs, mais, bien au contraire, les grandirait. Comment peut-on à notre époque continuer à croire et surtout à faire croire que, pour être
efficace, le «matériel de laboratoire», ces êtres sensibles (souris, singes, chats, chiens, lapins…) qui ressentent la douleur, doit nécessairement souffrir? La France est la championne
de l’Union européenne en termes d’expérimentation animale. Elle sacrifie environ trois millions d’animaux par an, dont plus de deux mille singes. La vivisection n’est pas «un mal
nécessaire», elle est insoutenable et indigne d’une civilisation évoluée, celle à laquelle on se réfère: la nôtre.
Des cages, mais des cages vides!
Luce Lapin
• www.antidote-europe.org
lucelapin@charliehebdo.fr
16 juin 2012
• À LIRE dans «Les Puces» du journal (Charlie Hebdo du 20 juin 2012). Contre les animaux dans les labos d’expérimentation, contre la création, dans la Somme, du plus
grand élevage industriel laitier de France, contre la corrida… Allez tous aux manifs!
• IMPORTANT. Faites connaître le site de Charlie, diffusez autour de vous! S’il existe, c’est grâce au journal. « Les Puces », c’est dans le journal, «La
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